Actualité à la Hune

Grand Prix Guyader

Des Dragon dans la houle

Le Grand Prix Guyader bat son plein cette semaine à Douarnenez. Après les Diam 24, les IMOCA, les Multi 50, les Class 40, les windsurfs et autres kitesurfs qui ont sillonné la baie le week-end dernier, les Dragon sont entrés en scène mardi (8 mai) pour des régates qui se poursuivent jusqu’à ce samedi (12 mai). Sur les pontons du port de Tréboul, nous avons croisé quelques équipages très affûtés.
  • Publié le : 12/05/2018 - 15:30

Grand Prix Guyader 2018Du monocoque 60 pieds au Dragon, Pieter Heerema ne craint pas de faire le grand écart. Quelle santé !Photo @ François Van Malleghem/Grand Prix Guyader
On ne pouvait rêver de plus belles conditions pour régater en baie de Douarnenez. Jeudi 10 mai, les 40 Dragon engagés dans le Grand Prix Guyader ont profité d’un vent établi à 12 ou 15 nœuds, sous un soleil éclatant, avec une lumière de rêve et même une belle houle de deux mètres – chose plutôt rare par beau temps sur ce plan d’eau (relativement) abrité.

Au sein de cette flotte, on peut dire qu’il y a du beau monde, et à tout point de vue : des équipages de très haut niveau, qui viennent de tous les pays et parfois de loin, et des propriétaires disposant de moyens (très) confortables leur permettant d’aligner de véritables bijoux, en bois moulé ou en composite, selon les cas. On a ainsi croisé Christian Guyader, directeur de la société du même nom et sponsor-titre de l’épreuve. Ses deux équipiers ne sont pas vraiment des débutants puisqu’il s’agit de Frédéric Denis, vainqueur de la Mini-Transat en 2015, et de Gwen Chapalain, incontournable figure locale et aussi grand manitou de l’épreuve dont il a été l’un des deux initiateurs – avec le regretté Louis Urvois dont Christian Guyader a justement racheté le bateau. Ce Dragon baptisé Ar Youleg a été construit en 2006 par le fameux chantier britannique Petticrows, en bois moulé, tout dans le même arbre ! «Par rapport au dernier modèle en composite dit “V” que vient de lancer Petticrows et qui est construit sous infusion, le bois moulé reste encore à peu près compétitif, mais tout juste» note Gwen Chapalain. Qui nous précise aussi que dans cette classe, il règne un esprit assez zen : «Beaucoup de propriétaires, en fait, ont déjà un joli palmarès derrière eux. Du coup il n’y a pas d’enjeu autre que purement sportif, et c’est très fair-play sur le plan d’eau.»

Grand Prix Guyader 2018Envoi de spi sur Troika, le bateau de Pieter Heerema.Photo @ François Van Malleghem/Grand Prix Guyader
Un peu plus loin, nous tombons sur Pieter Heerema, cet homme d’affaires néerlandais qui avait pris l’avant-dernière place du Vendée Globe en 2017, épreuve qu’il disputait en parfait amateur. C’est aussi un grand adepte du Dragon. Le sien s’appelle Troika. A Douarnenez, Pieter court avec deux équipiers, l’un venu du Danemark et l’autre d’Ukraine, et leur Dragon est dans le haut du classement… Nous avons posé quelques questions à ce marin bientôt septuagénaire et toujours aussi enthousiaste.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez couru le dernier Vendée Globe sur un monocoque 60 pieds dernier cri, le Dragon c’est un support très différent !
Pieter Heerema :
Eh bien je pratique le Dragon depuis 25 ans, et j’aime beaucoup cette classe. C’est très technique, mais évidemment c’est totalement différent de l’IMOCA (rires). De toute façon, le format des épreuves n’a rien à voir non plus : d’un côté, deux courses de deux heures dans la journée, et ensuite vous êtes à la maison, vous prenez une douche chaude, vous dormez dans un lit bien sec et vous oubliez que vous avez pris des paquets de mer dans la figure toute la journée. En IMOCA, il y a un boulot très dur à faire 24 heures sur 24, au large. En voile, il y a tellement de disciplines intéressantes… et le Dragon en fait partie !

Voilesetvoiliers.com : Quelle est la principale difficulté à maîtriser pour naviguer en Dragon ?
P. H. :
C’est un bateau très, très compliqué. C’est assez facile, en suivant simplement les instructions de base, d’atteindre 98 % du potentiel de vitesse du bateau. Mais pour avoir les deux derniers pourcents, c’est des années et des années de travail… Parce que c’est un bateau un peu sous-toilé, très lourd, et du coup vous devez être extrêmement attentif à la barre, et aussi pour la répartition des poids, afin d’atteindre la vitesse maximale. Et puis bien sûr, c’est un bateau très humide. Avec de la houle et du clapot, on est tout de suite trempé… Mais ce qui est bien, c’est que le soir même on a oublié ces désagréments et on est prêt à repartir le lendemain !

Grand Prix Guyader 2018Pieter entouré de ses deux équipiers, le Danois Lars Hendriksen (à droite) et l'Ukrainien George Leonchuk (à gauche).Photo @ François Van Malleghem/Grand Prix Guyader
Voilesetvoiliers.com : Pourquoi venez-vous à Douarnenez au Grand Prix Guyader, et quelles sont les autres régates de Dragon auxquelles vous participez cette année ?
P. H. :
L’organisation est bien rodée, et j’apprécie beaucoup ce plan d’eau, en particulier quand on navigue un peu plus loin au fond de la baie, c’est un décor magnifique. Et cette année on a de la chance avec la météo. D’ailleurs ce n’est pas la première fois que je viens, des Grand Prix j’en ai fait beaucoup ! Cette année on a fait aussi les Winter Series à Vilamoura (au Portugal, ndlr), on a couru à Cascais (toujours au Portugal, ndlr) il y a quelques semaines, plus tard dans la saison on va vers le nord, en juin au Danemark, ensuite on va à Helsinski pour la Gold Cup, et peut-être pour la fin de l’année on sera en Australie pour le Mondial (à Fremantle du 3 au 9 janvier 2019, ndlr), mais ce n’est pas encore sûr.

Voilesetvoiliers.com : Et à part ça, seriez-vous tenté par un autre Vendée Globe ?
P. H. :
Ah non je ne crois pas (rires). Pour le prochain je serai trop vieux ! Mais je dois dire que j’ai eu un petit pincement au cœur en voyant mon ancien bateau ici l’autre jour (il s’agit de l’ex-No Way Back, qui navigue aujourd’hui sous le nom de Newrest-Art & Fenêtres avec Fabrice Amedeo, et qui a pris jeudi le départ de la Bermudes 1000 Race, ndlr).

Grand Prix Guyader 2018Le jeudi 10 mai, une belle houle s"était invitée sur le plan d"eau. Le Dragon ne surfe pas beaucoup au portant, mais il saute la vague au près !Photo @ François Van Malleghem/Grand Prix Guyader
Le classement jeudi 10 mai au soir après 5 courses

1- Provezza (Turquie)

2- Fever (Royaume-Uni)

3- Troika (Pays-Bas)

4- Rocknrolla (Russie)

5- Desert Holly (Allemagne)