Actualité à la Hune

Ambrogio Beccaria, l’interview

«Bogi» rafle la mise en classe Mini

Cinq ans après son arrivée en classe Mini, Ambrogio Beccaria, dit «Bogi», 27 ans, a fait mieux que faire son trou dans le petit monde des 6.50. Sur quatre courses disputées en solitaire cette saison, l’Italien qui vit en Bretagne depuis trois ans en a gagné quatre en classement série. Tout simplement, et avec la manière puisque sur la dernière d’entre elles, Les Sables-Les Açores-Les Sables dont les résultats finaux étaient proclamés dimanche 19 août, il a «fait premier» à l’aller, vers l’archipel, puis premier encore pour le retour vers la Vendée. Sans oublier sa victoire en double dans la Mini-Fastnet avec Tanguy Le Turquais le 28 juin dernier.
Mieux encore ! Avec son Pogo 3 Géomag numéro 943, Bogi s’est offert sur cette course au long cours de deux fois 1 270 miles des écarts que Denis Hugues qualifie volontiers d’«impressionnants mais justifiés tellement il maîtrise son sujet». Le directeur de course ajoute : «Il est bon, très bon même. Quel que soit le système météo. Et en plus, il progresse !»
Même son de cloche du côté de ses deux dauphins au classement général sur cette course, Félix de Navacelle (Youkounboum) puis Nicolas d’Estrais (Cheminant-Ursuit) qui ont eux-mêmes et de bon cœur porté en triomphe leur leader mercredi 15 août sur les quais des Sables-d’Olonne, quelques instants à peine après leur arrivée.
La recette de ce succès fracassant ? Francesca Pradelli est allée la lui demander directement.
  • Publié le : 19/08/2018 - 17:58

«Bogi» rafle la mise en Classe MiniSes deux dauphins du jour, Félix de Navacelle et Nicolas d'Estrais, n'hésitent pas à porter en triomphe Ambrogio, leur héros.Photo @ Nicolas Fichot

Voilesetvoiliers.com : Comment as-tu connu la classe Mini ?

Ambrogio Beccaria : J’ai attrapé le virus très tôt, vers 5 ans, en faisant de la voile en famille chez moi. Mes parents louaient un voilier. Gherardo, le skipper, était super bronzé, il pêchait et il avait une très belle copine. Ça ressemblait pour moi à une vie de rêve ! Un jour, en surfant sur la toile, je suis tombé sur une vidéo de ces petits bateaux qui allaient super vite. C’étaient des Mini. J’étais complètement excité. Ce qui me fascine le plus dans cette classe Mini, c’est la nécessité d’apprendre à savoir tout faire, vu qu’on est tout seul à bord et qu’on n'a pas de team officielle derrière soi. Des travaux au chantier jusqu’aux techniques de navigation, de la météorologie à la gestion d’un projet en passant par la gestion de soi-même.

Voilesetvoiliers.com : Quand tu ne navigues pas, qu’est-ce que tu aimes faire ?

A.B. : Ces dernières années je me suis focalisé à 100 % sur mon projet en Mini pour m’en faire un vrai métier. C’est le moment de tout donner mais à l’automne prochain, j’espère aller en Amérique du Sud avec ma copine. J’adore voyager.

«Bogi» rafle la mise en Classe Mini«C'est grâce à la détermination qu'on coupe une ligne en premier», explique volontiers «Bogi».Photo @ Christophe Breschi

Voilesetvoiliers.com : Quels sont tes modèles dans le monde de la voile ?

AB : Il y a Giovanni Soldini, bien sûr, depuis qu’il a accepté de m’inclure dans ses aventures. C’est aussi le seul navigateur italien qui a gagné des grandes courses au large. Mon autre modèle, c’est François Gabart, pour son approche de la navigation hauturière. C'est un véritable athlète, en plus, et il a réussi à devenir l’un des meilleurs sans jamais devenir arrogant. Quand on le voit en vidéo dans les mers du Sud en train de frôler un iceberg à 35 nœuds, tout semble facile !

Voilesetvoiliers.com : Tu mènes une vie complètement différente de celle des gens de ton âge, non ?

A.B. : Ce n’est pas important d’avoir le même métier ou la même vie que ses copains. Ce qui compte, c’est d’avoir la même détermination qu’eux à réaliser ses rêves. C’est ça qui crée des liens forts.

Voilesetvoiliers.com : Tu as obtenu une licence en ingénierie nautique. Cela t’a servi, pour réussir en Mini ?

A.B. : Ah oui ! Mon diplôme m’a déjà permis de définir une méthode pour affronter les problématiques qui se sont présentées dans mon projet. Et quand je suis en contact avec des techniciens, qu’ils soient maîtres-voiliers, électroniciens, ingénieurs ou autres, nous parlons le même langage.

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi as-tu décidé de t’installer en France ?

A.B. : La France, c’est la Mecque de la course au large. Si tu veux gagner, il faut aller se battre contre les meilleurs donc s’approcher d’eux, d’abord. Et ils sont tous ici. Pour les Français, la voile est un sport normal. Ici, il y a de véritables centres d’entraînement, des chantiers prêts à répondre à tes besoins et des personnes pour te conseiller qui connaissent bien leur métier, puisqu’ils ont souvent fait le même parcours que toi. Ici, je suis comme un poisson dans l'eau. Mes objectifs, du coup, je les atteins plus facilement.

«Bogi» rafle la mise en Classe MiniSous des dehors d'enfant sage, Ambrogio Beccaria cache une farouche volonté de n'arriver que premier.Photo @ Nicolas Fichot

Voilesetvoiliers.com : Quelles sont les clés pour gagner en Mini, à ton avis ?

A.B. : Même si les ministes passent pour les SDF de la course au large, c’est fondamental selon moi d’avoir une bonne organisation derrière soi. Ensuite, avoir un bateau parfait est évidemment un bon point de départ. Et pour avoir tout ça, il faut des sponsors avec lesquels on peut chercher des solutions qui arrangent tout le monde. J’ai la chance d’être soutenu par Helly Hansen, Gottifredi Maffioli, North Sails et Solbian. Avec eux on travaille super bien.

Le fait de pouvoir m’entraîner avec d’autres ministes est fondamental aussi. J’ai la chance enfin de pouvoir suivre des cours de météo et de pouvoir discuter en bonne intelligence avec les maîtres-voiliers grâce à mon parcours universitaire. Sans oublier, surtout, l’équipe super passionnée et pleine d’enthousiasme qui est avec moi. Enfin, et c’est sans doute le plus important, je ne manque pas de détermination. C’est grâce à elle qu’on coupe une ligne d’arrivée en premier.