Actualité à la Hune

Les 30 ans du Monotype 7.50

Gilles Bretéché : "Le M 7.50 n’a pas dit son dernier mot !"

Les propriétaires de Monotype 7.50 célèbrent cette année les 30 ans de leur fier quillard. Rencontre avec son architecte, Gilles Bretéché, qui demeure toujours amoureux de ce bateau dessiné pour son épouse et qui a connu, depuis toutes ces années, des fortunes diverses.
  • Publié le : 12/09/2017 - 17:34

Gilles BretechéGilles Bretéché, Nantais pure souche et passionné d’architecture navale, a conçu le Monotype 7.50 pour faire découvrir à l’époque la voile à sa jeune épouse. Un bateau qui a connu un enthousiasme important puisqu’une centaine d’unités ont été construites en trois ans. Photo @ DR

Voilesetvoiliers.com : D’où est venue votre passion pour l’architecture navale ?
Gilles Bretéché :
J’ai abordé l’architecture navale vers l’âge de 16 ou 17 ans. Mon père, qui naviguait beaucoup en régates, avait à l’époque un équipier qui s’appelait Jean-Emile Le Soudéer. Un ingénieur hydrodynamicien des chantiers Dubigeon, à Nantes. C’est lui qui m’a enseigné les premiers rudiments de la conception des carènes. Je conserve d’ailleurs précieusement des documents qu’il rédigeait à mon intention quand j’allais le voir. Surtout qu’il n’avait pas confiance dans ma manière de prendre des notes. J’ai bien évidemment dévoré les ouvrages de Pierre Gutelle. À l’époque, il n’y avait pas l’école de Southampton ou de cursus diplômant en architecture navale en France. Ma mère considérait que ce n’était pas un vrai métier : par défaut j’ai suivi des études de droit…

Voilesetvoiliers.com : Vous naviguiez beaucoup à l’époque ?
G.B.
 :
J’avais 10 ans quand mon père m’a acheté un Mini Solitaire, un plan Cornu dessiné pour le constructeur Jean Morin. Ma première cotisation au Sport Nautique de l’Ouest de Nantes date de cette époque-là. La mer, elle, me faisait peur. Petit à petit, elle m’a apprivoisé. J’ai fait ensuite du 420, avec des succès mitigés sur le plan national. Mes parents me vissant un peu car j’étais plutôt turbulent, je n’ai pas pu suivre un plan d’entraînements ni régater comme je le souhaitais. Mais je n’en ressens aucune amertume. J’ai fait ensuite du 505. Cela marchait pas mal mais sur le plan régional, uniquement pour des questions économiques et logistiques. Avec mon ami Jérôme Picard, nous avons ainsi gagné un championnat de Ligue avec le vieux Parker de mon père. Comme nos gabarits n’étaient pas vraiment adaptés, sauf dans le petit temps, nous avons acheté un Tornado sur les conseils d’Yves Loday. Mon père équipier et moi à la barre, après une troisième place et une deuxième place, nous remportons le championnat de France en 1980. Un résultat honorable pour des amateurs, alors qu’il y avait à l’époque des régatiers comme Yves Loday, Nicolas Hénard ou Jean-Yves Le Déroff, futurs médaillés olympiques !

Voilesetvoiliers.com : Le déclic réel pour l’architecture navale vient comment ?
G.B. :
À la fin de mes études de droit, j’ai fait la rencontre de Philippe Harlé. Je ne souviens plus comment la connexion s’est faite. Mes réflexions sur l’architecture navale l’amusaient. Pas au sens péjoratif du terme. Il m’invitait chez lui le soir, quand je passais à La Rochelle. Il avait toujours la patience de répondre à mes interrogations sur des problèmes de conception de carènes. Une rencontre inespérée, formidable. Un jour, il a écrit une lettre d’introduction au MIT à Boston, au service de l’hydrodynamicien Jerry Milgram. Je deviens ainsi à 24 ans auditeur libre pendant huit mois, assistant aux cours et aux conventions qui tournaient autour de l’hydrodynamique des carènes de course. Ce stage n’était pas diplômant mais m’a apporté beaucoup.

Baptême monotype 750En avril 1987, au Bono, Sylvie, l’épouse de Gilles Bretéché, baptise Galaté, le premier Monotype 7.50. Et ce après une mise à l’eau effectuée grâce à la grue chemin de fer du port. Photo @ Gilles Bretéché

Voilesetvoiliers.com : Vient alors votre projet de Monotype 7.50 ?
G.B. :
A 28 ans en 1985, je me marie avec Sylvie et décide de construire un bateau pour elle. Pour nous deux en fait. À l’origine, c’est un bateau d’initiation, léger mais sécurisant. Je ne voulais pas qu’elle commence la voile sur un dériveur. Je dessine donc un quillard que je voulais vif et ardent. Il devait aussi répondre à certains critères esthétiques. Comme bien sûr nous n’avions pas d’argent pour le construire, je commence à montrer mes plans. À mon père, bien sûr et à des amis. Il correspondait pour eux à un vide. Le Soling n’avait pas vraiment pris, sinon pour l’Olympisme. Le Dragon était vieillissant, le Requin fort cher, il y avait donc une place à prendre. Écoutant leurs conseils, j’ai renoncé à l’étrave en cuiller qui leur paraissait trop clivante. Philippe Harlé a regardé mes plans, sucé sa pipe et m’a dit qu’il n’avait jamais fait ça de sa vie — un bateau aussi étroit -, mais que cela pouvait peut-être marcher. Tout en me racontant une anecdote incroyable. Lorsqu’il s’était lancé dans l’architecture navale, sa mère lui avait conseillé de dessiner des bateaux larges et stables. Et il n’avait jamais désobéi à cette injonction, sinon quand il a dessiné le 36.15 Met de Jean-Luc Van den Heede.

Voilesetvoiliers.com : Quelle est votre philosophie au départ ?
G.B. :
 
C’est de faire naviguer trois équipiers, voire deux, sur un bateau simple à mettre en œuvre. Facile à mâter et à gréer, pas trop compliqué avec des réglages bloqués par exemple sur les systèmes de haubans. Se retrouver avec l’essentiel, c’est-à-dire l’écoute de grand-voile, l’écoute de foc, les chariots de barre d’écoute et de pataras tout en ayant qu’un minimum de réglages à faire. Un bateau donc simple et subtil à la barre. Il fallait qu’il puisse aussi naviguer en mer dans des conditions correctes, jusqu’à vingt nœuds de vent. Mais surtout, qu’il puisse naviguer en rivière. Il a donc un tirant d’eau d’1,22 mètre. Il y a actuellement sept Monotype 7.50 qui naviguent sur la Meuse ! En plus, quand tu te déplaces pour des régates, tout l’équipement du bateau doit loger dans les coquerons prévus pour cela. Pour cela, il était facile à hiverner dans un jardin ou dans une grange. Comme seul le Dacron est autorisé, les jeux de voiles ne coûtent pas cher. Dans le cahier des charges, j’avais ainsi décidé que le bateau soit économique à l’entretien. Il était facile à tracter avec une petite voiture avec ses 800 kg. Côté électronique, seul le compas est autorisé de nos jours.

Voilesetvoiliers.com : Comment débute la construction ?
G.B. :
Je finis par convaincre un certain nombre de personnes pour investir dans les outillages d’un bateau et dans la création d’une petite société, Yachting Sports, dédiée à la commercialisation et au développement du Monotype 7.50. Après des approches auprès des chantiers Jeanneau et Kirié qui n’aboutissent pas, je tombe sur Paul Wendling, le patron de KL Nautic. Je signe avec lui un protocole de sous-traitance. Entre-temps, j’avais contacté mon ami Gil Carmagnani qui avait construit auparavant pour moi deux prototypes et qui a réalisé l’outillage et le premier bateau. Après sept mois de chantier, ce premier Monotype 7.50 est mis à l’eau en avril 1987 au Bono. Un moment émouvant. Tout cela à la bonne franquette, avec le maire qui arrive avec la manivelle de la petite grue !

National Monotype 7 50Chaque année se déroule à la Trinité-sur-Mer le National du Monotype 7.50. Ici, l’un des départs de régate de l’édition 2016. Photo @ Club Monotype 7.50

Voilesetvoiliers.com : Vient alors la série…
G.B. :
À l’époque, les plans ne sont pas numérisés. Il a fallu dessiner tous les couples échelle 1… La réalisation par « Carma » permettait aussi d’établir la méthodologie pour les bateaux de série suivants. Cela permettait aussi d’appréhender des questions d’échantillonnage pour que le chantier KL n’ait pas d’approvisionnements spécifiques à faire pour réaliser le 7.50 par rapport à leurs propres productions. Par exemple, la mèche safran du monotype était la même que celle qui équipait les KL 28. Pendant trois ans, KL Nautic va en produire une petite centaine. Ils étaient construits en sandwich sous vide avec de la mousse d’Airex et résine Vinylester. L’engouement avait été incroyable dès le début. Nous étions même présents au Salon Nautique de Paris, au CNIT, avant la construction du premier bateau, avec seulement des affichettes et des brochures. Les contacts avaient été excellents et j’avais eu quelques retombées presse, dont Voiles & Voiliers.

Voilesetvoiliers.com : Se crée alors une vraie communauté...
G.B. :
Le bateau coûtait à l’époque aux alentours de 250 000 francs, remorques et voiles comprises. Autour des premières régates auxquelles nous avons participé, les personnes voyaient l’enthousiasme des propriétaires et des promoteurs. J’avais d’ailleurs été rejoint très vite dans cette aventure par un garçon qui s’appelle Guy Pronier et qui est d’ailleurs l’actuel président du club. Sur ces régates où l’on était invité, comme les Derby de La Baule, les Régates de Bénodet et les Régates Royales de Cannes, la convivialité était de mise. Et on y vendait des bateaux. Il y a eu également une régate spécifique créée pour le Monotype 7.50 organisée dans le golfe du Morbihan par Yves Marzin, qui est médecin au Bono. Cela s’appelle toujours le Rallye sur les Courants du Golfe.

Voilesetvoiliers.com : Mais alors pourquoi la production s’arrête-t-elle au bout de trois ans ?
G.B. :
Lorsque le Groupe Legris a pris le contrôle de KL Industries, puis de Yachting Sports, qui représentait quand même 30 % du chiffre d’affaires du chantier, j’ai été attiré par le discours de Pierre Legris. Il me proposait de développer d’autres modèles. J’avais d’ailleurs dans mes cartons un projet d’un bateau de 9,50 mètres. Les choses ne sont pas passées d’une manière aussi agréable que supposée. Pas du fait de Pierre Legris, mais à cause de dissensions avec les personnes qui géraient le chantier et sa partie commerciale. La dynamique que nous avions créée avec Guy Pronier — en étant présents sur toutes les épreuves, en organisant la logistique de nos propriétaires -, ne fonctionnait plus autour du Monotype 7.50. Il ne s’en vendait plus. Alors que le potentiel des marchés allemand et suisse existait toujours. J’ai donc quitté Yachting Sports. Je suis rentré plus tard dans le groupe Dufour pour travailler dans la gestion financière. Ensuite, j’ai monté ma propre entreprise d’information économique avec trois associés : la société Explore, que j’ai quittée au bout d’une quinzaine d’années.

Marc PajotMarc Pajot naviguait sur un Monotype 7.50 au début des années 90 lors des Derby de La Baule. Quelques mois plus tard, il signait un partenariat avec le Groupe Legris pour la Coupe de l’America. Photo @ Gilles Bretéché

Voilesetvoiliers.com : Que devient l’aventure du monotype alors ?
G.B. :
 
En 1991, le Club Monotype 7.50, l’association créée dès fin 1987, achète les moules et les confie au chantier Moinard de La Rochelle, qui doit en fabriquer trois ou quatre. Il y a trois ans, Guy Pronier invite Louis Burton au Grand Prix de l’École Navale. Il trouve le bateau passionnant et marrant et décide de reprendre la production avec son chantier BG Race de Saint-Malo. J’adhère à son projet et je suis amené à faire des petites modifications. Il ne fallait pas resservir une recette qui avait presque 30 ans, d’autant plus que nous avions raté notre développement dans les années 90, surtout en Méditerranée, parce qu’on ne pouvait pas adapter un petit moteur hors-bord sur ce bateau quand on voulait se balader. J’ai donc modifié les formes à l’arrière, avec un cockpit ouvert, de telle manière à pouvoir insérer ce moteur au fond du cockpit, donc caché en navigation. Pour avoir un bateau toujours aussi élégant. La bôme, elle, a été remontée de vingt centimètres. Les anciens modèles ont d’ailleurs été autorisés à faire de même depuis. Le reste n’a pas changé. Le bateau s’appelle alors M. 7.50. D’emblée, nous trouvons des clients et il s’en est vendu onze en l’espace d’un an. Mais Louis était surtout accaparé par son projet Vendée Globe. Une expérience en demi-teinte pour moi et je cesse alors ma collaboration commerciale avec BG Race. Mais bon, je conserve toujours aujourd’hui de la reconnaissance vis-à-vis de Louis Burton, car il a relancé la construction du M 7.50 qui n'a pas dit son dernier mot !

Voilesetvoiliers.com : La Classe existe toujours ?
G.B. :
Elle est bien vivante. Avec un noyau dur qui ne bouge pas mais aussi avec un renouvellement de propriétaires, ce qui est sympa. Guy Pronier est donc président depuis cinq ou six ans. C’est un animateur hors pair. Il a conservé l’enthousiasme de ses débuts. Il est associé à la coprésidence avec Jean-Denis Bargibant, un Lillois charmant. Avec Paul Vandame, le trésorier, ils forment une équipe formidable. Actuellement, on se retrouve à naviguer avec des flottes entre quinze et vingt-cinq bateaux. Et de jolis championnats nationaux ; nationaux car nous ne sommes toujours pas affiliés à la FFV. Un choix dès le départ. Bref, cet été, il y a eu le championnat national à La Trinité-sur-Mer, comme à chaque fois, qui célébrait les trente ans du Monotype 7.50. Avec la même philosophie. Régates à partir de 14 heures et retour au port à 19 h 30 maximum. L’idée étant de faire plaisir aux régatiers mais aussi aux accompagnateurs. Et c’est l’un des premiers modèles qui a gagné. Il y a aussi une régate au Cercle de la Voile de Paris au mois de mai. Celle du Bono, celle du Grand Prix du Crouesty et prochainement celle de l’Atlantique Le Télégramme. Pour conclure la saison, il y aura en octobre celle de l’Erdre, rivière qui a été le point de départ du bateau.

monotype 7.50Revu et corrigé par Gilles Bretéché en 2014, le monotype présente un cockpit ouvert sur l’arrière pour permettre la mise en fonction d’un moteur hors-bord. Il conserve toujours sur l’eau la même élégance que son aîné. Photo @ Club Monotype 7.50

Voilesetvoiliers.com : Et vous, que faites-vous actuellement ?
G.B. :
J’ai travaillé pendant deux ans sur un projet d’IRC de 43 pieds, mandaté par l’armateur comme project manager. Après un concours d’architectes remporté par Bernard Nivelt, le bateau a été construit au chantier Trimarine Compositos de Lisbonne puis mis à l’eau à La Trinité-sur-Mer en février dernier. L’idée était de réaliser un coupé sport pour les régates diurnes, le propriétaire ne souhaitant pas naviguer sur des épreuves au large style Fastnet ou Sydney-Hobart, privilégiant donc les Semaines de Cowes, de Cork, de Palma ou les Régates de Saint-Tropez.

Sinon, il y a trois ans, j’ai gambergé sur un outil d’assistance au ponçage. Un outil allégeant la charge de ces personnes qui manipulent des ponceuses toute la journée et qui se retrouvent régulièrement confrontées à des problèmes musculo-squelettiques. Le brevet est déposé et je suis à la recherche de partenaires industriels pour réaliser les deux premiers prototypes qui nous permettront de valider les données architecturales et cinétiques de la machine.

 

  M 7.50. 
Caractéristiques techniques

Longueur hors tout :

7,50 m

 

Poids total :

800 kg

Longueur de flottaison :

6,85 m

 

Lest :

475 kg

Largeur hors-tout :

1,86 m

 

Grand-voile :

14,90 m²

Largeur de flottaison :

1,60 m

 

Foc :

7,90 m²

Franc bord avant :

0,68 m

 

Spinaker :

40 m²

Tirant d’eau :

1,22 m

     

Tirant d’air :

10,58 m

 

Architecte :

Gilles Bretéché


Plus d'informations sur le site de la Classe ici